vendredi 17 août
Les mots de l'été # 12 Ceremony : Tony Wilson
Bon, il serait peut-être temps que la faucheuse cesse de couper à tout-va, parce qu’après Lee Hazlewood il y a quelques jours, c’est au tour de Tony Wilson de rendre les clés sans préavis.
Monsieur Madchester est ainsi parti ce 10 août, à 57 ans, emporté par une crise cardiaque. Si son cœur vient de lâcher, c’est bien le nôtre qu’il fit battre tant de fois… Journaliste pour le BBC et Granada Television au milieu des années 70, Tony Wilson fut un défricheur des années punk et surtout post-punk, mais se porta bien vite au-delà d’une seule posture de journaliste (avec son émission So It Goes) pour devenir producteur, en lançant Factory Records, puis agitateur des nuits de Mandchester avec la fameuse Haçienda qui fit de la ville le cœur du monde.
Son nom restera à jamais lié à Joy Division (la naissance et l’explosion du groupe, jusqu’à l’issue tragique que l’on sait), mais aussi Happy Mondays ou encore New Order, à la suite de Joy.
On reverra avec plaisir 24 Hour Party People de Michael Winterbottom, une illustration jubilatoire des années folles de Manchester, mais c’est autrement que nous concluerons. Blog Up vous a déniché la première apparition télévisée de Joy Division, présentée par Tony Wilson lui-même, pour une version live impeccable de Shadowplay : un bien triste jeu d’ombres …
Martin Terrier
A regarder
mercredi 15 août
Les mots de l'été # 10 : Fan, Fan, Fan
Aujourd’hui nous allons vous parler du fanatique, plus couramment et simplement appelé le fan. Et dieu sait que dans le petit monde du rock on en trouve un paquet. Mais il n’est pas question du fan de base qui, vers 15-35 ans, se cherche un look, des amis ou des ennuis, et qui a pour idole un chanteur à textes, une chanteuse fantasmatique ou un groupe rebelle et insolent.
Ni du fan petit bras qui se contente d’acquérir la discographie complète d’un artiste, d’aller l’applaudir en concert dans le village voisin et s’offre un tee-shirt pour se souvenir.
Encore moins du fan moderne qui, au mieux, bricole un site internet en amateur pour y colporter des infos, rumeurs et commentaires de médiocre qualité, ou au pire, tente une imitation et monte un tribute band pathétique.
Non, le dessein de Blog Up est plus ambitieux. Il s’agit de décrire (sans juger, bien sûr) une personne au passé souvent complexe et douloureux qui devient, malgré lui, bien plus qu’un simple collectionneur passionné et enthousiaste ; plutôt une espèce de malade mental en liberté. Oui, je crois qu’objectivement et raisonnablement on peut dire ça, bien que, je le confesse, je ne possède pas le moindre diplôme en psychopathologie quelconque qui m’y autorise (de temps en temps je pratique bien l’autopsie en amateur mais reconnaissons que ça n’a que peu de rapport).
Car le vrai fan est une individu qui a développé une forme unique et particulière d’autisme obsessionnel et monomaniaque, qui erre dans un univers parallèle, en totale autarcie musicale, et ne s’alimente que d’objets et d’informations en relation directe avec son maître au talent infini et au charisme évident. Il est imperméable à toute autre forme d’art ou même de vie, refuse d’admettre son addiction et est complètement déconnecté de la réalité.
Mais qu’est-ce que la réalité me direz-vous ? Ou encore, la réalité existe-t-elle vraiment ? Sûrement pas pour ce dingue qui ne se rend compte de rien, a une foi absolu en son dieu, ne pense qu’à lui, ne vit que pour lui et prie au quotidien pour pouvoir, un jour peut-être, l’approcher, le toucher, échanger un regard à défaut de quelques mots.
Bref, son monde alternatif, sans dimension et sans limite lui permet de faire tout et n’importe quoi. Mais rechercher, par exemple et au hasard, des bootlegs albanais semi-officiels, des pressages sud-coréens à tirage limité, des oripeaux encore humides autrefois portés par le chanteur, suivre le groupe en tournée et assister à tous les concerts, archiver la bonne et la mauvaise presse, collectionner les badges et les autographes, se faire tatouer un nom ou un symbole à la place du cœur, et que sais-je encore, ne suffit pas, ne guérit pas.
Au contraire, le fan accumule sans cesse, ne partage pas, se renferme, devient paranoïaque et habité, un inconscient pour qui les choses n’apparaissent plus qu’à travers le sens qu’il leur donne. Il finira aliéné, enragé, violent, menaçant… Il faut alors s’en écarter et laisser ce pauvre diable continuer sa quête insensée qui peut parfois lui coûter la vie ou au mieux le maintenir dans sa démence.
Mais de la même façon que la lumière ne serait rien si l’objet ne permettait pas sa circulation pour la définir et la rendre sensible, Dieu lui-même sait être reconnaissant et peut parfois rendre hommage à son apôtre grâce à une consécration suprême, une reconnaissance éternelle, une espèce de canonisation qui deviendra la jouissance ultime : illustrer la pochette d’un album en lieu et place de l’idole. Il faudra ensuite survivre…
Bunganow Bill
A visiter : un site
mardi 14 août
Les mots de l'été # 9 : Legend
La légende du rock’n roll se doit-elle d’être innée ou appartient-elle aux acquis. Malheureusement pas de réponse toute faite mais néanmoins quelques pistes de réflexion qui permettent d’appréhender ladite légende comme acquise dans l’inné.
Une suite musicale s’inscrivant dans un mouvement d’oscillation pendulaire entre l’être et le paraître allant du déhanchement lascif à la lippe naturellement pulpeuse en passant par la coiffure choucroute rehaussée de platform boots.
Dès lors, il est tentant de se réfugier dans la légende quitte à la vivre par procuration s’escrimant devant la glace de la salle de bain à reproduire un solo de guitare de Jimmy Hendrix en pinçant les cordes de sa raquette de tennis. Cependant, il n’est pas facile de se sentir en déficit d’existence toute sa vie face à ce vieux rêve qui bouge comme le chantait Lavilliers, rêve qui danse même malgré son surpoids de légende.
Ne reste plus qu’à recourir au régime minceur permettant de désépaissir le borborygme de ses entrailles que l’on pourra couper au couteau. La réalité revêt à nouveau ses habits de violence intrinsèque. Ici gît Jan Ostende, rocker flamand de Renom.
Toujours aussi peu d’élus et jamais les bons.
FBA
A regarder
lundi 13 août
Les mots de l'été # 8 : 45 tours
Le format punk par excellence. Un bon single est la combinaison de deux flashs : visuel et sonore. Chaque 45 tours sorti entre 1976 et 1977 est comme un petit missile dont la cible serait l’ennui et le conformisme. Le punk rompt avec l’arnaque des
faces B « remplissage ». C’est le retour des inédits, des titres qui ne figurent pas sur les albums. Toute une culture du single, oubliée depuis les sixties, refait surface. Mais ce nouvel âge d’or que connaît le format dure peu de temps. Très vite, le Long Player reprend ses droits. Et avec lui, les défauts de la génération précédente, la tentation de laisser une « œuvre » - les Clash ne vont-ils pas jusqu’à sortir un triple album ? Aujourd’hui, le 45 tours est de retour. Voire tous les groupes garages qui, pour rien au monde, n’abandonneraient le format ou son usage promotionnel. Rien n’a été plus hype, en 2006, que l’usage du 45 tours à tirage limité pour annoncer la sortie d’un album. On trouve facilement des endroits où presser du vinyle, en Europe de l’Est, en France, partout. Plus de vingt ans après avoir été déclaré obsolète - et après être devenu un objet de culte -, le 45 tours refuse de mourir.
Pierre Mikaïloff
Extrait du « Dictionnaire raisonné du punk » de Pierre Mikaïloff paru aux Editions Scali
A regarder
vendredi 10 août
Les mots de l'été # 7 : Le dance floor
Luz moque le maniérisme d’une
certaine génération de la chanson française
(Bénabar, Delerm, Cali et consorts) dans son
dernier album
« J’aime pas la chanson française »
mais cède à la mode qui consiste à parler de
dance-floor (cf le titre de son précédent album,
Claudiquant sur le dancefloor) pour désigner ce qui a
longtemps été connu sous le vocable de piste de danse.
Et si le terme album est commun à l’univers musical et celui de la BD, il faut reconnaître à Luz le mérite de ne pas s’être emmêler pour l’instant les pinceaux dans le micro, se bornant à effectuer un simple travail de critique rock
Mais évolution oblige, est-ce qu’en devenant dance-floor, cet espace dédié à des gesticulations plus ou moins élaborées ne s’est pas éloigné de sa vocation initiale ? Répondre à une telle problématique reviendrait sans doute à en effleurer une de ses limites. Le côté dangereusement autarcique de la critique rock faite de querelles ardentes visant à la plus grande médiatisation possible mais au caractère totalement anodin au regard des nombreuses autres obligations quotidiennes auxquelles il nous est demandé de faire face au rang desquelles figurent les devoirs ménagers comme faire la vaisselle, tâches pour lesquelles au demeurant il n’existe pas de revues spécialisées.
Faire la vaisselle en dansant relèverait au fond d’une certaine originalité. En baisant, cela fait partie des scènes potentielles d’un film pornographique mais en dansant cela mériterait peut être qu’on lui consacre un article. De là à imaginer une soirée mousse en cuisine.
FBA
A regarder
jeudi 09 août
Les mots de l'été # 6 : L'intro
1.Intro
E --9--9--7-7--10--9---7--7-slide---9----12-12------9--------------
B -10-10--9-9--10--10--9--9-slide--10-10----------9----12----------
G -----------------------------------11--------9------------------
D ----------------------------------------------------------------
A ----------------------------------------------------------------
E ----------------------------------------------------------------
“’tain, super l’intro!”
l’intro est un élément phare d’une chanson de rock, au même titre que le refrain ou le pont. Elle permet, donc, d’introduire en termes de rythme et d’ambiance le morceau à venir.
Les manières de commencer un morceau varient à l’infini, cela va d’un comptage (1,2,3,4) suivi de tous les instruments en même temps, à des structures très compliquées (on peut appeler cela alors une Overture), en passant par des faux départs, etc etc Mais plus généralement, une belle intro est un motif à elle seule, et au contraire du couplet et du refrain, ne revient pas, est très reconnaissable (il existe de nombreux concours de devinettes d’intros) et envoie le fan dans un état d’extase (ou sur le dance floor) quand il l’entend. On l’aime donc simple et efficace. Une chose que les compositeurs de chez Motown avaient bien compris. Que serait le rock sans des intros comme Johnny B Good , ou Ticket to Ride par exemple (bon, ce sont de mauvais exemples car dans ces morceaux le motif de l’intro est le morceau) ou encore California Girls ? Malheureusement pour nous autres puristes, l’intro peut tomber dans de mauvaises mains et sombrer dans les limbes du prog rock ou du hard. Que ceux qui sont pas tombés sous les coups des intros de Metallica se lèvent.
Quelques belles intros qui viennent à l’esprit de Blog Up,
This Charming Man- The
Smiths
Heat Wave- Martha and The
Vandellas
The Kids Are Alright- The
Who
Psychotic Reaction –
The Count Five
Just Like Honey- The
Jesus and Mary Chain
God Save The Queen- The
Sex Pistols
Public Image-PIL
No More Heroes- The
Stranglers
Attention ceci n’est pas un classement des meilleures intros, mais dans un pur esprit « High Fidelity » nous vous invitons à donner votre Top5
Carella
mercredi 08 août
Les mots de l'été # 5 : Roadie : la loupiotte
Le roadie est anonyme, le plus souvent
habillé en noir, avec plein de trucs qui pendouillent à
sa ceinture : pinces, clés et rouleaux d’adhésif.
Le roadie n’a pas souvent l’air sympathique, mais on ne le voit
que lorsqu’il a beaucoup de
boulot et qu’il est très
pressé, ce qui lui laisse peu de temps pour se montrer
aimable. Le roadie sait à peu près tout faire et il est
au concert de rock ce que la pelloche est au ciné, la farine
au boulanger et la gomina aux cheveux d’Elvis : indispensable.
D’ailleurs, comme nous le dit le T-shirt sur cette photo (The
truck doesn’t load itself), “le camion ne se charge pas tout
seul”. Le roadie peut être animé d’une grande
culture personnelle, pour autant son vocabulaire semble limité
à quelques éructations répétitives,
“Test ! Test !…”, “One-two, one-two…”,
ce qui ne le rend pas très causant. Le roadie nous fait
parfois mal au cœur quand il sert de boniche et se fait rabrouer par
un musicien pourri-gâté qui le traite comme un chien
parce qu’il voulait la Gibson bleue et pas la rouge. Le roadie est
parfois lui-même musicien ou le devient pour quitter son
inhumaine condition de soutier du rock. Lemmy par exemple,
bassiste-chanteur thermonucléaire de Motörhead, fut
roadie de Jimi Hendrix.
Mais le roadie surtout, en plus de ses pinces, clés et rouleaux d’adhésifs, tient dans sa main, ou parfois dans la bouche, une petite lampe qui lui permet de faire d’ultimes vérifications sur scène quand le noir se fait : les potards d’un ampli, un mediator sur le pied de micro, une track list collée au sol… On sait alors, à ses mouvements dans l’obscurité, que le début du concert est imminent. Le roadie est un messager, et sa loupiotte une promesse.
Martin Terrier
A regarder
mardi 07 août
Les mots de l'été # 4 : Holiday
De Polnareff aux Bee Gees, que n’a-t-on pas parlé de vacances. Rêvées, elles sont devenues payées avant que ne soit donné congé au gouvernement qui les avait instituées deux ans à peine auparavant. A mois qu’aux premiers jours d’une nouvelle aube, il s’en soit allé rejoindre la providence d’un jour de chance.
Mais revenons en à nos moutons, ceux qui ourlent d’écume les rouleaux estivaux. « Tiens toi mal et porte toi bien » avait longtemps rougeoyé à l’horizon avant que le soleil ne se couche la nuit dernière. Dans l’attente certainement de l’éclosion d’une nouvelle nouvelle vague, l’ancienne, la new wave, ayant disparue corps et biens avant de devenir cold quelques mois seulement après qu’on soit rentré dans l’hiver.
La recherche du paradoxe se trouvait face aux reflets de ses contradictions. Fallait-il se mettre en quarantaine de la réalité tant qu’il n’aurait pas trouvé sa voie sur le chemin de la liberté ou la postérité ne serait-elle le fruit que d’un simple jeu d’écritures comptables ?
L’insouciance des jours heureux du début des trente glorieuses ferait désormais l’objet d’une traduction littérale en jours sacrés. Holy days, dont une démoniaque horloge biologique interne rythmerait les saisons sans possibilité de déroger à la règle selon laquelle serait venu le temps des rires et des chants comme le serinait un célèbre générique d’émission pour enfants…..
Restent ces fruits étranges chantés par Billie Holiday dont le corps suspendu aux branches des arbres se balance en contre jour.
FBA
A regarder
lundi 06 août
Les mots de l'été # 3 : Banane
Qui a la plus grosse, Elvis ou Eddy ? Qui a la plus grande, Brian ou Dick ? Et qui a la plus belle, Vince ou Lucien ? Eh bien non, nous ne répondrons pas à ces questions. Blog Up ne fait pas dans la délation bananière.
Mais enfin quelle idée ont nos amis rockers de se planter sur le front un fruit exotique à pulpe farineuse, incurvé vers le bas et rarement jaune finalement (contrairement à la crête qui, je le rappelle, n’est pas un fruit mais une excroissance charnue et rouge dressée sur le haut du crâne) !? Par provocation esthétique ? Pour afficher sa rébellion musicale ou affirmer son originalité ? Un peu tout ça, sûrement.
Car la banane, qu’elle soit flambée ou gominée, en trompette pour Daevid Allen, en quéquette pour Steve Jones ou en sucette pour Mick Jagger, ou encore métallisée par Franck Margerin et immortalisée par Andy Warhol, est le fruit rock’n’roll par excellence.
Alors Teddy boys ou Rockabilly, cette protubérance capillaire, accompagnée de rouflaquettes ou non, sied à Monsieur comme la choucroute à Madame. Encore faut-il qu’elle soit soignée et pas trop mûre (la banane, pas la dame). Et tout le monde le sait, en fin de banquet avec de la glace à la vanille et de la chantilly, c’est aussi un amour de dessert. Sauf en cas de régime bien sûr.
Bunganow Bill
A regarder
vendredi 03 août
Les mots de l'été # 2 : Boue : L’amie du festivalier
C’est bien joli de griller au soleil,
l’Ipod sur les oreilles (“J’aime regarder les filles…”)
et le sable entre les orteils, mais il ne faudrait pas oublier votre
contribution à la sueur, aux nuits écourtées
sous des tentes surchauffées, aux Converse qui puent et aux
bains de boue à Saint-Malo, Glastonbury ou Benicàssim.
A défaut de pouvoir se doucher avant trois jours, la boue
reste la meilleure façon de protéger sa peau et, comme
le confirment depuis la jungle l’éléphant et
l’hippopotame, l’outil idéal pour lutter contre les
rhumatismes du rocker vieux avant l’âge.
Inauguré par les festivaliers des grandes années hippies (libération sexuelle, flower power, cul nul et cônes partagés) à Wooodstock et ailleurs, le bain de boue ne s’est jamais vraiment démenti, surtout quand un été pourri ramène ses bienvenus orages diluviens (la boue sèche est triste).
Côté pochettes de disques
embourbées, Blog Up vous rappelle au bon souvenir des Slits et
de leur seins généreux sur le fameux Cut et au
moins connu, masculin et plagiaire EP de Mudhoney – dont les
membres auront fait de la terre qu’ils faisaient trembler le miel
de leur musique… et de leur nom. C’est d’ailleurs avec ses
adorables givrés de Mudhoney (même si, plastiquement, on
préfère de loin les Slits) que s’achèvera
cette rubrique avec une vidéo d’époque (1989, mais le
son est énorme !) de This Gift, morceau dantesque
qui vous enlèvera toute la boue des oreilles.
Martin Terrier
A regarder
