dimanche 27 janvier
Et ta Dame
Celle qu’incarne Charlotte Gainsbourg à l’écran ou bien toutes les autres que croisent les six personnages qui composent le
kaléidoscope Bob Dylan à différentes périodes de sa vie. Inspiré par sa vie et ses chansons, I’m not there, film de Todd Haynes propose de revisiter le mythe.
Médiatisation d’une pensée contestataire estudiantine ou revendicatrice de l’égalité des droits par les Black Panters, reflets et échos d’une époque où l’Amérique était déjà engagée dans une sale guerre au Vietnam, émergence d’un courant artistique et musical appelé pop permettent à Todd Haynes de nous faire partager son intérêt pour Bob Dylan à travers une bonne bande originale de chansons qu’il interprète ou que d’autres se chargent de reprendre et de s’interroger sur les raisons d’un succès à vous dégoûter de la moindre velléité de création. A l’origine une simple révolte qui reprise et amplifiée devient immaîtrisable.
Comment en est-tu arrivé là ? Demandent deux vagabonds à l’acteur noir qui l’incarne pré adolescent dans un wagon de marchandises où il vient de se réfugier après une course à travers les champs avec pour seul bagage, sa guitare dans son étui
Par négligence, répond-il.
Et oui mon bon vieux Bob, on devrait toujours se méfier de la négligence. Elle conduit même à la célébrité.
FDBA
A regarder
dimanche 20 janvier
BO – Saturday Night Fever (Barry, Robin and Maurice Gibb)
Travolta est mon idole, les Bee Gees sont mes dieux. A partir de là, mon film préféré est évidement Saturday Night Fever. Adapté du livre de Nik Cohn, il raconte la vie de mods new-yorkais sur fond de disco torride. Et cette musique de folie est la
bande-son de ma vie avant d’être celle du film. Car Tony Manero, le héros du film, est à la danse ce que Tony Montana est à la Seine-Saint-Denis : une icône. Et moi la danse ça me connaît.
Oui, chaque samedi soir depuis 30 ans, j’enfile mon costume blanc, je baise ma croix, je place le disque du film sur la platine et devant mon miroir, je danse. En fait je deviens Tony, pour une heure de transe. Enfin j’essaye car, à vrai dire, je ne me sens pas encore tout à fait prêt et c’est pour ça que je reste dans ma chambre plutôt que de tenter l’aventure en discothèque. Y a trop de monde, trop de jeunes, ça me fait peur.
Bon je sais, ma famille me dit parfois que la mode a changé, que mon costume est ringard et qu’avec mon brushing laqué je suis complètement à côté de la plaque, mais rien n’y fait, j’ai le feu en moi, la passion est plus forte que tout, je suis comme un dingue, ça me permet de rester en vie et aussi profond que soit l’amour d’une femme, ça compte moins que la danse et la musique. Plus rien n’est raisonnable, dance et disco, c’est ma way of life à moi. C’est ma fièvre pour toujours. C’est ma BO.
Bunganow Bill
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dimanche 13 janvier
BO # 2 - The way it is (Vincent Gallo)
En 1979, Vincent Gallo, chanteur et musicien depuis presque toujours, joue dans un groupe nommé Gray qui multiplie les
prestations scéniques dans les clubs new-yorkais à la mode punk. Un beau soir, une fille peu farouche l’aborde après un concert et lui propose de composer la musique d’un court-métrage de 3 minutes ! L’idée de profiter d’un bain et d’une fille, bien chauds tous les deux, suffit à le faire accepter l’offre pour seulement $15. Ce sera sa première expérience de BOF.
En 1984, le musicien fait l’acteur dans le film d’Eric Mitchell ‘The Way It Is’, œuvre underground en noir & blanc sans scénario ni dialogue, qui lui demande également d’en composer la bande-son. Vincent Gallo livre alors une musique délicate, minimaliste et atmosphérique, entre laxatif musical et invitation au suicide. Une musique mystérieuse jouée et produite par le comédien, belle à tomber et qui ne donne aucune idée sur le genre de film qu’elle accompagne.
Mais pas de problème, quand la musique est bonne et qu’elle guide nos pas©, elle se suffit à elle-même et peut nous emmener en voyage, loin. En tous cas, suffisamment loin de la tête à claques psychotique, mégalo et parano qui l’a composée.
Bunganow Bill
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dimanche 06 janvier
BO – The Proposition (Nick Cave & Warren Ellis)
Le western reste un décor rêvé pour distiller gnole infâme, murder ballads, jalousies assassines, mauvais garçons tels
Stagger Lee et promesses de rédemption assénées par un prédicateur allumé… Nick Cave ne s’y est pas trompé en scénarisant The Proposition – réalisé en 2005 par John Hillcoat, mais non programmé sur les écrans français – dont il a aussi composé la BO, accompagné de son vieux complice Warren Ellis – qui semble s’y tailler la part du lion. Ellis est bien plus qu’un violoneux de saloon et de gigue, il est autant l’âme que la colonne vertébrale des Bad Seeds et un multi-instrumentiste accompli. A l’image des coups de génie de John Cale, il sait donner à de simples morceaux l’atmosphère, l’épaisseur et cette bonne couche anxiogène typique d’un violon qui tend la ligne mélodique jusqu’à la rupture… Le tapis rouge (sang) est ainsi déroulé pour Nick Cave, qui n’a plus qu’à déballer sa camelote et vendre son whisky frelaté en jappant ses cris de coyote affamé. Effet garanti.
“T’as pas entendu un bruit dehors ?”
– Nan, tu bois trop, tu finis par entendre des trucs.
– Pourtant, j’suis sûr. R’mets m’en un coup tiens…”
Martin Terrier
A regarder
dimanche 30 décembre
Globe-trotter
Rappelez-vous, l’année dernière, Blog Up passa le réveillon de noël avec David Bowie (et Bing Crosby). Cette année encore, nous retrouvons le caméléon en imperméable pour l’ultime disque du dimanche de 2007. Mais rassurons tout de suite les
letsdanceophobes, nous ne passerons pas toujours les fêtes de fin d’année avec l’animal. Il faut reconnaître aussi que depuis le temps qu’on se le trimballe et au vu des nombreux styles qu’il a abordé, y a de quoi le mettre à toutes les sauces celui-là.
Cela dit, on aime ou on aime pas, mais a priori le dandy au brushing toujours impeccable et connu dans le monde entier, a fait en sorte de plaire à presque tout le monde. Encore que ma concierge, par exemple, n’en a jamais entendu parler. Il faut dire que, nostalgique, elle n’écoute que de la Türk halk müziği. Précisons aussi qu’elle habite loin de chez elle alors faut bien comprendre que le rock anglais des familles ce n'est pas trop son truc.
En même temps, elle pourrait se laisser tenter par ‘Lodger’ qui est plus facile d’accès que les précédents albums pré-post-punk du chanteur en goguette et, pour l’époque, un peu world sur les bords. Elle pourrait aussi vaguement se reconnaître dans cette histoire de déraciné-persécuté qu’il essaye de nous raconter. Si vous voulez, je vous la résume vite fait :
Lors d’un voyage fantastique en Afrique, un jeune disc jokey dépressif qui négligeait ses enchaînements à cause notamment de son humeur changeante, dût se cacher pour échapper à une tentative d’assassinat par des marins communistes en colère à la recherche d’une mystérieuse petite boîte rouge. Un costaud nommé Johnny, rencontré à la piscine municipale, le sauvera en le ramenant chez lui en Cadillac.
Une bien belle histoire, multicolore et multiraciale, pour un disque excentrique et curieusement méconnu alors que charnière dans la carrière de Bowie et essentiel pour l’after-punk. Rien que ça !
Bunganow Bill
A regarder
dimanche 23 décembre
Joyeux Noël Phil
Dans le monde bien pensant des chroniqueurs de (in)rock de bon goût, il devient un lieu commun de décréter “A Christmas Gift for you from Phil Spector” meilleur album de Noël de tous les temps, nécessaire et obligatoire disque pour un Noël
digne de ce nom, sans lequel votre Noël sera pourri et cela quelque soit le nombre de vos boules de Noël dans votre « Christmas Tree ». Bon j’exagère, votre Noël sera superbe pour peu que vous ayez mis « Little St Nick » dont on a parlé la semaine dernière. Néanmoins « a Christmas gift’’ est un album monstrueux sorti en 1963, le seul exemple à ce jour de passage à la moulinette des classiques de Noël à la sauce pop teenage, ou plutôt à la sauce « Wall of Sound ». Whamm a essayé et presque réussi, mais Philou a magnifié le genre, explosé le mur du son, réduit en bouilli les pitoyables sérénades de Frankie et Dino. Les Ronettes , Darlene Love et autres Crystals engloutissent les standard et les définissent pour les générations futures. Les caisses claires exultent, trompettes et pianos résonnent au milieux des « sleigh bells » et autres tambourins. La magie de Noël opère enfin, on comprend Rudolph. On veut embrasser le Père Noël. On pense que Phil a créé son fameux son mur pour cet album et on écoute son message de Noël avec foi et conviction. On le remercie pour tant de bonheur en écoutant « Santa Claus is coming to town », on prie pour son âme.
Merci Philou et Joyeux Noël
Carella
A regarder [aussi beau qu'un faux feu de cheminée cette vidéo]
dimanche 02 décembre
Le King.
« Le disque du dimanche pourrait un être un simple ». C’est ce que pensait Blog Up en trempant son croissant dans son café. Blog Up y pensait encore en descendant à la gym et en montant sur le cardio trainer, option fat Burner Plus. Son Ipod sur les oreilles, Blog Up avala les 25 minutes du programme sans trop y penser, mais l’idée lui revint en prenant sa douche. Gel douche Palmolive Aromathérapie parfum anti-stress, shampooing H&S normal, soin du visage au charbon actif de Origins for Men. Une fois sec et habillé de son short kaki British India et d’une chemise en lin, Blog Up se dirigea vers sa platine, pris un 45T de sa pile de disque et…
1, 2, 3 4…
There's a man in New Orleans
Who plays rock and roll
He's a guitar man
With a great big soul
He lays down a beat
Like a ton of coal
He goes by the name of King Creole
You know he's gone, gone, gone
Jumpin' like a catfish on a pole
You know he's gone, gone, gone
Hip shaking King Creole
When the king starts to do it
It's as good as done
He holds his guitar
like a Tommy gun
He starts to growl
From way down his throat
He bends a string
And "that's all she wrote"
Well, he sings a song about a crawdad hole
He sings a song about a jelly roll
He sings a song about pork and greens
He sings some blues about New Orleans
Well, he plays something evil
Then he plays something sweet
No matter how he plays
You got to get up on your feet
When he gets the rockin' fever
baby, heaven sakes
He don't stop playin'
'Till his guitar breaks
Carella
A regarder
dimanche 25 novembre
Né(e) dans l’ombre du monde
NORMAL, -ALE, -AUX, adj. : Qui est conforme à la norme, à l'état le plus fréquent, habituel ; qui est dépourvu de tout caractère exceptionnel.
Bon, je crois qu’on a suffisamment fait lambiner 0078h à qui Blog Up promit de parler de Genesis P-Orridge. C’est donc le
moment. Sauf que ce n’est pas évident d’attaquer un tel morceau. Car Genesis, personnage incontournable de la scène rock subversive, est plutôt du genre complexe. Pas complètement ‘normal’. Si tant est qu’on puisse s’accorder sur la définition ci-dessus.
Allez, on se lance, je sais que ce n’est pas facile mais tentons de définir GP-O en quelques mots. D’après ce que l’on sait, on peut dire que c’est au moins un musicien, un provocateur, une torture, un post-punk, un pré-indus, un exilé, un proto-fasciste, une tragédie, un utopiste, un performer, un transformer, un artiste, un génie, un dingue, un pornographe, un monstre, un chanteur, un mutant, un gourou, un clown, un tatoué, un leader, un perturbateur, un naufrage, un malade.
Ce que l’on sait moins c’est s’il est un homme ou une femme. Lui-même n’a pas l’air très sûr. Mais c’est un être complet donc, et complexe, je vous l’avais dit. En perpétuel découverte de son corps et de son esprit. Un défenseur de la ‘positive androgynie’. Un adepte de la violence psychédélique.
Sinon en ce moment, et contrairement à Lady Jaye Breyer P-Orridge qui vient de passer dans l’autre monde, le presque sexagénaire Genesis va bien, merci pour lui ; il se laisse pousser les seins et vient de sortir cette année un énième album avec un Psychic TV reformé. A ce propos, je défie quiconque de me réciter pas cœur et dans l’ordre la discographie complète (live compris) de GP-O, toutes formations confondues. Ami lecteur, si tu ne sais même pas compter jusqu’à 100, laisse tomber le challenge.
Bref, j’ai choisi de parler du deuxième album de Throbbing Gristle : D.o.A. the Third and Final Report (1978). Pourquoi celui-là ? Parce que c’est le premier que j’ai acheté et c’est celui qui m’a donné envie d’avoir toute la collec’. Un excellent argument, non ?
En fait c’est un très bel album, très calme. Un disque du partage. Une leçon d’humanité. On dirait la bande son d’un film contemplatif. Je vois un film (ou un documentaire) sur des paysages, des contrées en paix. Je sens la plénitude. La tranquillité. La douceur de vivre. Le repos. Le temps. Le temps qui passe et qui ne m’effraie pas. Sublime.
Une musique de punk énervé ? Non, pas du tout. Expérimentale et industrielle ? Vaguement. Plutôt électronique et pré-gothique. Une musique de hippie en fait. Un trip. Une transe sonore. Bruitage mais pas bruitiste. Le film de notre vie rêvée.
Ou alors un après apocalypse. Le lendemain d’une catastrophe industrielle. Oui c’est possible. Une prière alors. Plus de vie sur terre. Rien. La fin de tout. La mort de la vie. Seule la machine a résistée. Mais le vent souffle encore sur la terre aride. Le calme est absolu. Et tout est à recommencer, à redéfinir. C’est beau. C’est dimanche. C’est Throbbing Gristle.
Bunganow Bill
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dimanche 18 novembre
Alain Bashung - Passé le Rio Grande
Plus jeune, il m’arrivait souvent d’acheter un album pour sa pochette. Ainsi en fut-il de Passé le Rio Grande à sa sortie en 1986.
Bashung y figure sous les traits d’un Zorro guévariste à peine sorti de son dernier tournage avec Greta Garbo. Le lettrage du titre de la pochette était-il exactement le même que celui reproduit sur la pochette du CD ? Certainement bien que le R
et le G surlignés de Rio Grande ne m’aient pas interpellé à l’époque. Et pourtant, il était déjà question de sécurité avec la vague d’attentats qui avait secoué Paris.
Toujours est-il que cette pochette me laissait entrevoir une musique riche et foisonnante. Surprise et soulagement allaient en accompagner la première écoute. Intuition pour une fois confirmée au regard de tant de déceptions.
L’écoute des textes allait venir un peu plus tard. Le détournement des golfes clairs de Charles Trenet qui passait à mes yeux pour une pochade dans « Gaby » prenait une autre saveur à l’écoute de Pense à dire du bien d’Charles Trenet, paroles extraites de « Helvète Underground » d’autant que la chanson s’ouvrait par une Fondue enchaînée sur la baie de Lausanne.
Fruits de calembours et calembredaines, les textes proposés par Boris Bergman constituent un sommet dans le cadre de sa collaboration avec Bashung. La guerre, les frontières, le cinéma, la jalousie amoureuse, la solitude, l’aventure y sont autant de thèmes présents mais une seule chose les fédère : le cul.
Reste une interrogation. Entre lapsus et Lipstick, que signifie ce lipsus qui clôt la chanson « Malédiction » ?
FBA
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dimanche 11 novembre
Classe mannequin Leslie Winer – Witch
En 1999, Leslie Winer au parcours jalonné de défilés de mode, d’amitiés et de rencontres avec William Burroughs et Alain Pacadis, qui fut l’amante de Jean Michel Basquiat (pour ne citer que ceux mentionnés sur la pochette de son disque)
commet l’album « Witch ».
Son travail musical repose sur une superposition de rythmes sans qu’y soit nécessairement adjoint une mélodie, sur lesquels elle vient poser sa voix recourant à la technique du talk over. Cela donne une musique minimaliste où se mêlent boucles et samples, froide et déshumanisée si ce n’était les textes dont le sens ramène à cette réalité, humaine, bien humaine. A noter la présence à la basse de Jah Wobble, autrement connu pour avoir chaperonné les travaux de Public Image Ltd ou ses collaborations avec Bill Laswell, Ginger Baker, Dub Syndicate ….
Avec Witch, Leslie Winer propose un album intemporel – dont il peut être présumé que sa date de publication est très largement postérieure à sa date d’enregistrement, sur laquelle les avis divergent, certains allant jusqu’à y voir l’acte de naissance du trip hop - reflet d’un rock’n roll qui n’a pas dit son dernier fuck dès lors qu’il est fait référence à la signification première du terme : Fornication Under Consentment of the King.
Une révolte sous surveillance et en belle compagnie en somme.
FBA
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