mercredi 08 août
Les mots de l'été # 5 : Roadie : la loupiotte
Le roadie est anonyme, le plus souvent
habillé en noir, avec plein de trucs qui pendouillent à
sa ceinture : pinces, clés et rouleaux d’adhésif.
Le roadie n’a pas souvent l’air sympathique, mais on ne le voit
que lorsqu’il a beaucoup de
boulot et qu’il est très
pressé, ce qui lui laisse peu de temps pour se montrer
aimable. Le roadie sait à peu près tout faire et il est
au concert de rock ce que la pelloche est au ciné, la farine
au boulanger et la gomina aux cheveux d’Elvis : indispensable.
D’ailleurs, comme nous le dit le T-shirt sur cette photo (The
truck doesn’t load itself), “le camion ne se charge pas tout
seul”. Le roadie peut être animé d’une grande
culture personnelle, pour autant son vocabulaire semble limité
à quelques éructations répétitives,
“Test ! Test !…”, “One-two, one-two…”,
ce qui ne le rend pas très causant. Le roadie nous fait
parfois mal au cœur quand il sert de boniche et se fait rabrouer par
un musicien pourri-gâté qui le traite comme un chien
parce qu’il voulait la Gibson bleue et pas la rouge. Le roadie est
parfois lui-même musicien ou le devient pour quitter son
inhumaine condition de soutier du rock. Lemmy par exemple,
bassiste-chanteur thermonucléaire de Motörhead, fut
roadie de Jimi Hendrix.
Mais le roadie surtout, en plus de ses pinces, clés et rouleaux d’adhésifs, tient dans sa main, ou parfois dans la bouche, une petite lampe qui lui permet de faire d’ultimes vérifications sur scène quand le noir se fait : les potards d’un ampli, un mediator sur le pied de micro, une track list collée au sol… On sait alors, à ses mouvements dans l’obscurité, que le début du concert est imminent. Le roadie est un messager, et sa loupiotte une promesse.
Martin Terrier
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