lundi 02 avril
Déchire tout et recommence
Les
éditions Allia nous comblent : après les
excellents livres sur le pré-punk (Please kill me) et le punk
(England’s dreaming), voici naturellement celui de Simon
Reynolds sur le post-punk, Rip it Up and Start Again.
L’ensemble de ces trois ouvrages de référence
constituant ainsi une espèce de trilogie d’environ 2000
pages sur le punk dans tous ses états.
Ici,
Simon Reynolds nous retrace donc la dernière partie (peut-être
la plus riche quoique plus méconnue) de cette aventure
musicale en étudiant de très près les années
1978-1984. Un livre épais qui multiplie les anecdotes et les
témoignages, regorge de détails en tout genre, et remet
les pendules à l’heure sur le rôle et l’influence
qu’a eu et a encore aujourd’hui cette période de
libération sonore et organisationnelle sur la musique
indépendante ‘dans tous médias’.
Et si le punk exprimait la révolte en provoquant le chaos et l’anarchie, le post-punk lui se charge du mal-être, avec pour thèmes de ‘réflexion’ l’angoisse, la solitude, le suicide, les problèmes existentiels en général, et pour concept le changement du monde grâce au changement de l’individu ; pas très fun après les années punks où tout pouvait être prétexte à la déconne. En même temps, la situation politique, économique et sociale n’étant pas très réjouissante en cette fin de seventies, on peut comprendre le malaise et l’inquiétude de la jeunesse…
Le post-punk donc, héritier de l’énergie et du Do It Yourself de son grand frère, se démarque notamment grâce à une plus grande ouverture sur le monde et une approche esthétique et expérimentale de la musique, des paroles, du graphisme, de l’apparence, etc.
En effet, de nombreux musiciens impliqués dans cette descendance punk affichent leur intérêt, voire leur sensibilité, à l’égard de l’art en général (cinéma, peinture, littérature…) et des nouvelles technologies de l’époque (synthétiseurs, ordinateurs…) sans pour autant tout renier et faire table rase du passé, revendiquant même des influences musicales parfois inattendues (le reggae, le funk, la disco…).
Simon Reynolds nous raconte ainsi en détails la genèse de groupes fondateurs (l’anti-rock’n’roll Public Image Ltd, l’art-rock non-punk de Magazine, le no-look de Vic Godard et Subway Sect, l’avant-garage intello-tank de Pere Ubu, ou le protest-band post-moderne Devo), l’évolution de formations déjà rodées (le rock ethno-funkadélique de Talking Heads, le minimalisme monochrome de Wire ou la déviation proto-fasciste de Throbbing Gristle), évoque la no-wave new-yorkaise définissant le post-rock bruitiste (des extrémistes conceptuels Teenage Jesus & the Jerks aux expérimentations de Sonic Youth).
Le mouvement désire également s’émanciper en s’écartant de l’industrie du disque traditionnelle, plus prompte à faire de l’argent qu’à aider au développement artistique en général. Ainsi, le post-punk saura s’organiser et se prendre en charge en créant des fanzines, des disquaires, mais surtout des labels indépendants (Factory Records, Rough Trade, Mute, Cherry Red…) et des réseaux de distribution qui permettront l’éclosion de groupes majeurs (les gauchistes de The Fall, les sinistres Joy Division, les pseudo-intellos Gang of Four, ou encore les pré-gothiques Birthday Party).
Enfin, Simon Reynolds conclue son ouvrage avec la new pop et le nouveau rock, pour nous remémorer une musique qui n’a plus grand-chose à voir avec le punk, et qui va du revival ska (Specials, Madness, Selecter) à la décadence dégoulinante du pire des années 80 (Culture Club, Duran Duran, FGTH) en passant par la synthpop (Human League, Visage, Spandeau Ballet) et le post-disco façon électro (New Order, Depeche Mode).
Alors ça y est, en 1984 on peut le dire, le punk est définitivement mort, le rock est moribond et MTV est en marche. Heureusement que l’indie-pop viendra nous sauver…
Bunganow Bill
A visiter : le site de Simon Reynolds et le site des éditions Allia
Commentaires
.
Errance dans les rayons bouquins de musique de la fnac...
Soudain une couverture bleue attire mon atention. "Rip it up and start again"
Une livre sur le post-punk ! Incroyable. Je pensais que ceux qui écrivaient les anthologies de rock oubliait chaque fois cette période que j'admire tant. Mais c'est bien un pavé que j'ai dans les mains ! Je lis l'introduction, puis feuillette l'ouvrage, dévore des lignes, des pages de ce livre.
Enfin quelqu'un qui s'intéresse vraiment à Joy Division ! Je découvre les circonstances de la naissance de l'album Closer, un chef-d'oeuvre à mes yeux.
Seul bémol... il faut y mettre le prix (25€).
Mais je l'aurais un jour, je l'aurais ! :D
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