mercredi 22 juin
Du point de vue littéraire ou graphique, les éthiopiques avaient déjà rencontré un certain succès au travers d’œuvres telles que celles de Senghor (poète et ancien président du Sénégal) ou encore d’Hugo Pratt, auteur entre autre des aventures de Corto Maltese. Voilà que depuis quelques temps, une nouvelle collection baptisée Ethiopiques a conquis le domaine musical.
A l’origine de cette découverte un français, Francis Falcetto, qui via Buda Musique a acheté l’exclusivité des catalogues d’une maison de disques, Ahma Records et d’un label Kaifa Records. Il convient de rappeler qu’en 1969 en Ethiopie, la production musicale nationale est étroitement surveillée par le pouvoir de Hailé Sélassié. Seuls sont autorisés les orchestres militaires. Ahma Eshété qui décide de fonder sa maison de disques passant outre l’interdiction impériale, doit faire preuve de trésors d’imagination (pressage en Inde puis en Grèce) pour pouvoir publier des musiques correspondant aux attentes de la jeunesse dorée d’Addis Abéba. Las, la révolution socialiste de septembre 1974 qui conduit au pouvoir Mengistu Hailé Mariam en 1977 met un terme définitif à l’aventure musicale.
La série Ethiopiques qui compte aujourd’hui 19 disques cherche à présenter de manière exhaustive le meilleur de la musique produite par les musiciens locaux des années 60 à 90. Certains des volumes publiés sont consacrés à un seul et même artiste considéré comme majeur, d’autres à un genre.
Le volume 2 fait ainsi la part belle à la musique des Azmaris, troubadours des temps modernes intervenant à l’occasion de mariages, anniversaires et autres réjouissances. Longtemps ignorés par le pouvoir, ils sont à l’origine d’une scène folk très en vogue dans les années 1990.
Le volume 7 est consacré à Mahmoud Ahmed, l’un des chanteurs les plus connus en Ethiopie. Sa pop cuivrée et funky est une véritable nouveauté à l’échelle du continent africain.
Getatchèw Mekurya a lui les honneurs du volume 14 de la collection. Saxophoniste, il est «l’inventeur»d’un style musical appelé Shellèla. A l’origine il s’agit d’un champ destiné à galvaniser les troupes et invectiver l’ennemi avant le combat. Transposé au saxophone, cela donne une musique lancinante et entêtante proche d’une longue plainte ponctuée de sanglots et de hoquets. Les spécialistes trouvent à ces exaltations sonores une parenté certaine avec le free jazz même s’il semble que Getatchèw Mekurya s’y soit essayé quelques années avant Ornette Coleman, Albert Ayer et autres joyeuses compagnies.
Notre attention a également été retenue par le volume 4 consacré à l’éthio jazz où figure quelques morceaux de Mulatu Astatké. Ce dernier accompagnait à l’occasion Duke Ellington quand il était de passage en Ethiopie. En effet dans le cadre d’accords militaires, un contingent de marines US, qu’il fallait distraire, séjournait dans le pays ; d’où la venue de Duke Ellington et quelques autres jazzmen. Au-delà, cet état de fait a favorisé les échanges musicaux et contribué à créer un style propre local. Juste retour des choses, Jim Jarmush dans son dernier film Broken Flowers présenté à Cannes a intégré des morceaux de Mulatu Astatké dans la bande originale de son film.
A ECOUTER : des extraits des différents volumes
A VOIR : la bande annonce de Broken Flowers
Blog Up a découvert le travail de Robert Gil grâce aux photos réalisées lors du concert Lovliv (Olive / Lili Drop). Notre curiosité nous a conduit sur son site et là nous avons découvert une très belle photothèque avec du noir et blanc et de la couleur. Robert Gil sait saisir les artistes dans les instants forts. Il saisi l'émotion qui se dégage. On sent dans son travail une véritable douceur. Il ne vole pas l'image, il prend le temps de la capter avec finesse.
A VISITER : son site


